Le Sire de Vergy
Festival Claude Terrasse 2019

Le Sire de Vergy

Opéra bouffe en 3 actes de Robert de Flers et Gaston Armand de Caillavet.

Musique : Claude Terrasse

Comme Offenbach l'avait fait avec Barbe bleue, après la Belle Hélène, 2 ans après Les Travaux d'Hercule, c'est la même équipe qui se charge, après la mythologie grecque, de donner une vision toute personnelle et humoristique du moyen-age.

Le trio de Flers, de Caillavet, Terrasse s'attaque cette fois de l'histoire de Gabrielle de Vergy.

Selon la légende, Gabrielle de Vergy, dame de Fayel était l'amante de Raoul de Coucy qui, avant de mourir en Terre sainte, chargea son écuyer de porter son cœur à la dame de ses pensées. L'écuyer fut surpris par l'époux au moment où il s'acquittait de sa mission. Pour se venger, le mari prit le cœur et le fit manger à sa femme, qui, instruite trop tard de son malheur, jura de ne plus prendre de nourriture et se laissa mourir de faim

Les auteurs ont transformé la légende médiévale en une farce irrévérencieuse :

Le Sire de Vergy, sa femme Gabrielle et le Sire de Coucy constituent le plus parfait ménage à trois que l'on puisse imaginer. Le seul souci de Vergy est d'être populaire auprès de ses vassaux. Tout aurait pu durer longtemps en l'état si un jour, Coucy ne s'avisait pas de trouver que Vergy, pourtant peu embarrassant, était de trop dans la partie.

Comment se débarrasser de lui ? La croisade, bien sûr. Coucy réussit à convaincre Vergy, qui se sentait pourtant si bien au coin du feu, et voilà notre valeureux guerrier parti combattre les infidèles en compagnie d'un voisin, le baron de Millepertuis, le plus brave et le plus gaffeur des hommes. Avant son départ, Vergy a la délicatesse de remettre à son ami Coucy la clé du fameux corset de fidélité de Gabrielle.

Vergy est maintenant loin et pourtant Coucy n'est pas heureux. Ce personnage raffiné estime que l'absence du mari enlève du sel à la liaison. Coucy s'aigrit, les amants en sont aux paroles désagréables lorsque Vergy revient. Il s'est contenté d'aller faire la fête à Lyon, ce qui ne l'empêche pas de raconter ses exploits guerriers.

Millepertuis, qui, lui, est allé réellement en terre sainte, réapparaît en piteux état pour donner lecture de lettres où les infortunes conjugales de Vergy sont contées. Vergy et Coucy ne peuvent pas échapper au duel. N'ayant guère envie de se battre, ils se mettent d'accord à l'abri des témoins : Coucy s'éloignera et Vergy annoncera qu'il l'a tué. Et, pour respecter la légende, il offre à sa femme une petite tranche de veau qui est censée passer pour le cœur de son amant.
Coucy réapparaît et l'on se pardonne bien volontiers.

Le mythe (qui avait déjà été traité de façon plus « classique » par Donizetti au 19e siècle) est ici une fois de plus qu'un prétexte au vaudeville et un burlesque. Un triangle amoureux « à la Feydaux », une fausse croisade, un baron gaffeur trop honnête qui oblige tout ce petit monde bien bourgeois à s'entre-tuer (et s'entre-manger !), les situations s'enchaînent à un rythme échevelé et donne à Claude Terrasse l'occasion de déployer son art de la mélodie et d'user de nombreux ensembles, duo, trio jusqu'au quatuor et de trois finals échevelés dans un pure veine offenbachienne.