Les Travaux d'Hercule
Festival Claude Terrasse 2020

Présentation 

Hercule reçut ensuite une solide éducation tant militaire, sportive qu'artistique mais ce futun élève difficile puisqu'il tua son professeur de musique. Après divers exploits il se rendit à Thèbes, où il épousa Mégara, fille de Créon qu'il tua avec leurs enfants communs dans accès de folie. Hercule collectionne également les aventures. Hercule est avant tout un personnage violent , sans scrupule, égocentrique ce qui n'exclut pas la ruse. Mais içi qui est Hercule et qu'a-t-il fait ? «

Ce qu'il a fait ? Eh bien, il n'a encore rien fait. et c'est là ce qu'il y a d'admirable : Hercule est un héros à qui les circonstances n'ont pas fourni jusqu'ici l'occasion d'exercer son héroïsme ;c'est sans aucune importance car sa gloire n'en est que plus pure pour ne reposer que sur le consentement de ses concitoyens. Si bien que douter de sa gloire, c'est douter de nous-mêmes. Voulez-vous douter de vous-mêmes ?... Mais c'est sans compter l'arrivée d'Augias qui insulte Hercule, ravit sa femme cependant consentante ,vole sa massue, sa peau de lion, et accomplit ses travaux.(1)

Hercule, génie usurpateur retourne la situation grâce à l'opinion publique qui, l'ayant confondu avec Augias, lui attribue les travaux.A travers cette comédie pleine de situations cocasses, de retournements et de drôleries, les auteurs nous questionnent sur le poids de l'opinion publique face à Augias. « C'est la moralité de ce conte aussi plein de sens que d'heureuses folies et qui retrouve d'une façon fort détournée et buissonnière la philosophie de L'Ennemi du peuple d'Ibsen [.]. L'ennemi du peuple, c'est celui qui a raison contre le peuple et qui accepte de rester seul de son avis, malgré les huées et les pierres ; mais, presque toujours, l'ennemi du peuple s'amende et peu à peu lui devient complaisant ; il compose, il pactise, il se désavoue lui-même et consent à avoir tort avec tout le monde plutôt que d'avoir glorieusement et dangereusement raison tout seul. » (2) La musique de Claude Terrasse, écrit Philippe Cathé, professeur de musicologie à la Sorbonne, est un véritable régal. La construction en est impeccable, l'alternance des tonalités très sûre, les mélodies bien caractérisées, les duos, trios et quatuors écrits avec finesse. La transcription de Julien Weber, respecte cette écriture en mettant l'accent sur la mélodie.

Les auteurs

Robert de Flers

« Né à Pont-l'Évêque (Calvados), le 25 novembre 1872. 
Descendant d'une des plus vieilles familles de Normandie, Robert de Flers était le fils d'un sous préfet de Pont-l'Évêque.
Ayant un temps songé, après des études de lettres et de droit, à faire carrière dans la diplomatie, c'est finalement vers la littérature et le journalisme qu'il s'orienta. Un voyage en Orient qu'il avait fait à la fin de ses études lui inspira ses premiers écrits : une nouvelle, " La Courtisane Taïa et son singe vert", un récit de voyage, "Vers l'Orient", et un conte," Ilsée, princesse de Tripoli".
C'est au théâtre cependant qu'il atteignit à la célébrité. Il écrivit avec Gaston de Caillavet toute une série de pièces, parmi lesquelles : Les Travaux d'Hercule (1891), Le Sire de Vergy (1903), Les Sentiers de la vertu (1904), Pâris ou le bon juge (1906), Miquette et sa mère (1906), Primerose (1911), L'Habit vert enfin, en 1913, dans lequel les auteurs raillaient avec beaucoup d'esprit l'Académie française !

Après la mort de Caillavet, Robert de Flers poursuivit son oeuvre théâtrale en collaboration avec Francis de Croisset : ils écrivirent ensemble Les Vignes du seigneur (1923), Les Nouveaux Messieurs (1925), Le Docteur miracle (1926), et un livret d'opérette, Ciboulette (1923), sur une musique de Reynaldo Hahn.

En 1921, Robert de Flers devint directeur littéraire du Figaro et fréquenta un temps l'arène politique comme conseiller général de la Lozère.
Les « Immortels » ne tinrent pas rigueur à Robert de Flers de la pièce qu'il avait écrite sur l'Académie, et l'élurent, le 3 juin 1920, par 26 voix sur 30 votants, au fauteuil d'un autre marquis, Pierre de Ségur. Robert de Flers appartenait à une famille qui comptait déjà plusieurs membres de l'Institut : il était arrière-petit-fils de Charles Giraud, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, et petit-fils d'Eugène de Rozière, membre de l'Académie des Inscriptions et belles lettres, et était devenu par son mariage le gendre de Victorien Sardou, membre de l'Académie française de 1877 à 1908.

Biographie extrait du site de l'académie 
française
(https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/robert-de-flers) 

Claude Terrasse
 
Claude Terrasse est souvent considéré comme le véritable successeur d'Offenbach par sa verve comique et son humour pénétrant et caustique. Il a su, comme Offenbach, se choisir des livrets pétillants d'esprit. La recette de base est la même : parodie d'une époque (antiquité grecque ; moyen âge ; milieux diplomatiques ; histoire biblique, etc.) avec un fourmillement d'anachronismes savoureux, de mots d'auteur, d'allusions politiques et sociales, sur une musique gaie, spirituelle, nerveuse, tout à fait contemporaine de l'époque de la création de l'oeuvre. Mais réduire Terrasse à cette tradition de la grande opérette française fin 19e serait oublier tout un pan de son oeuvre, beaucoup plus en adéquation avec l'esprit décalé qui régnait dans les milieux littéraires à Paris avant la grande guerre. Claude Terrasse est le compositeur de la musique de scène d'Ubu roi et sa collaboration avec Jarry s'est poursuivie toute sa vie. Il est le chaînon manquant entre Offenbach et Yvain, entre l'opéra comique du second empire et le théâtre musical d'entre deux guerres.

Gaston Arman de Caillavet

Gaston Arman de Caillavet (1869-1915) rencontre Robert de Flers dans le salon très parisien que tient Madame de Caillavet sa mère. Là, sont reçus Anatole France, Georges Feydeau,Meilhac et Halevy, Sarah Bernhardt, Réjane...

Il épouse en avril 1893 Jeanne Pouquet, en présence d'Anatole France. Ce dernier dont il était proche, emprunte certains de ses traits de caractère et des faits de sa vie, pour son personnage de Robert de St Loup de La Recherche.

Même génération, même univers social et culturel, même chemin dans le monde : tous deux collaborent au Figaro dont Robert de Flers devient le directeur littéraire.
Dès 1900, ils écrivent ensemble leur premier opéra-bouffe Les Travaux d'Hercule.
Puis les succès, auquel il convient bien sûr d'associer Claude Terrasse, vont s'encharner.

Il écrit une production abondante de pièce de théâtre, de livrets, une cinquantaine qui en ferons la coqueluche de ce début de siècle. Seule la mort de Gaston Arman de Caillavet en 1915 met fin à cette collaboration fidèle et féconde qui dura plus de 13 ans (1901-1914).

Des premières comédies légères Les Sentiers de la Vertu (1903) à la trilogie satirique Le Roi (1908) Le Bois sacré (1910) L'Habit vert (1912), leur succès ne se dément pas. Plus de 500 représentations en 1908 pour Le Roi ; davantage encore pour L'Habit vert.
En termes courtois, ils fustigent la bêtise et le snobisme d'une société qui rappelle par bien des aspects celle qu'évoque Marcel Proust dans "A la Recherche du temps perdu".